Partager :
Portrait | Témoignage

Petit-fils et fils de peintres, Steven Kerdodé a racheté l’entreprise François Quédru Peinture & Sols située à Ouistreham qui s’apprêtait à fermer faute de repreneur. Une trajectoire qui pouvait sembler écrite d’avance. Et pourtant, devenir chef d’entreprise dans la peinture n’a jamais été une évidence pour Steven Kerdodé.

Steven Kerdodé | François Quedru Peinture et Sols

Tracer sa propre voie

Steven Kerdodé n’est pas issu du métier au sens classique du terme. Très jeune, il prend même ses distances avec la peinture, alors que son père espérait lui transmettre son entreprise. Désireux de construire son propre parcours, il s’oriente vers un BTS Force de vente.

Il débute sa carrière dans le travail temporaire, un secteur dans lequel il évolue pendant plusieurs années jusqu’à devenir directeur de région.

Ne s’épanouissant plus dans son travail, il choisit de démissionner pour se lancer une première fois dans l’entrepreneuriat en devenant gérant d’Acard Sport, une entreprise de vente de matériels et d’équipements sportifs auprès des clubs et des collectivités. En 2015, il revend l’entreprise à un ancien coéquipier de football.

Revenir au métier par l’expérience

En 2018, il rejoint une entreprise de peinture qu’un de ses amis vient de racheter en tant que chargé d’affaires / conducteur de travaux. Il se forme au métier en quelques mois. Il y reste pendant six ans.

En mai 2023, un changement de management le pousse à quitter l’entreprise. Une nouvelle période de réflexion s’ouvre.

La reprise comme évidence

Plusieurs options se présentent à lui : revenir au salariat, créer une entreprise ou en reprendre une.

Il reçoit plusieurs propositions d’embauche dans le domaine de la peinture. C’est finalement sa femme qui l’encourage à entreprendre à nouveau en lui soufflant que tant qu’à rester dans le secteur de la peinture autant le faire à son compte. Steven Kerdodé ajoute : « Et j’ai aussi cette âme d’entrepreneur. » Fort de sa première expérience de dirigeant, il sait qu’il pourra éviter certaines erreurs du passé.

Lorsqu’il apprend que François Quédru Peinture & Sols est à vendre à Ouistreham, l’évidence s’impose. Il souhaite reprendre une entreprise sur la côte, un territoire auquel il est profondément attaché. Cette entreprise, il la connaît bien. Toute sa famille vit à Ouistreham. L’entreprise François Quédru Peinture et Sols était déjà un confrère de son père et son grand-père. L’entreprise faisait même partie de ses clients à l’époque où il travaillait dans le travail temporaire.

S’entourer pour sécuriser le projet

Il contacte Monsieur Marie, alors gérant de l’entreprise. Après plusieurs rencontres et échanges, un accord est trouvé. Steven Kerdodé reprend François Quédru Peinture & Sols en août 2023, avec deux salariés.

En parallèle, il sollicite la Chambre de Métiers et de l’Artisanat ainsi qu’Initiative Calvados pour être accompagné dans la concrétisation de ce nouveau projet. Il avait déjà fait appel à Initiative Calvados alors connu sous le nom de Calvados Création pour sa première activité.

Il bénéficie d’un prêt d’honneur de 15 000 € pour renforcer son apport personnel et rassurer la banque. « J’étais également dans la démarche de me dire : “Est-ce que je suis dans le vrai avec ce que je fais ?” Le passage devant le comité permet de valider certaines choses. Et même si j’avais moins d’incertitudes avec mon expérience de salarié cadre et d’entrepreneur, cela rassure surtout au début quand on est seul. »

Il bénéficie également du dispositif Ici Je Monte Ma Boîte et obtient une subvention Coup de Pouce de la Région Normandie qui permet notamment d’acheter du petit matériel.

Une entreprise en forte croissance

François Quédru Peinture & Sols propose différentes prestations de peinture intérieure et extérieure, revêtement de sol ou encore de ravalement. L’entreprise intervient sur l’ensemble du Calvados et s’adresse à quatre typologies de clients :

  • Les particuliers,
  • Les agences immobilières (gestion Locative et syndics de copropriété),
  • Les maîtres d’œuvre et architectes,
  • Les bailleurs sociaux.

La demande est immédiate et soutenue. Dès le premier mois, l’entreprise compte 6 salariés. En deux ans, les effectifs passent de 2 à 17 salariés.

Mais cette croissance rapide n’est pas sans conséquences. « L’année 2025 a été compliquée pour moi. » confie Steven Kerdodé. « En travaillant tous les soirs, les samedis et les dimanches, je n’arrivais pas à rattraper mon retard dans les demandes de devis. J’avais l’impression de laisser tomber des clients qui m’ont toujours suivi. »

Pour structurer l’activité, il recrute Aurélie, assistante administrative, il y a un an. En octobre, Mélanie, conductrice de travaux, rejoint l’entreprise pour l’épauler dans le suivi des chantiers. L’entreprise compte également 11 peintres et 3 soliers et de nouveaux recrutements sont prévus prochainement.

« J’aime prendre d’abord les personnes en intérim au minimum 6 mois pour bien observer leur savoir-être et voir leur intégration dans l’équipe avant de les embaucher. » explique Steven Kerdodé. « Je dois dire que pour le recrutement, je suis exigeant. »

Le collectif comme pilier

S’il s’est entouré d’un cabinet d’expertise comptable et d’un avocat, Steven Kerdodé a fait le choix d’un service social indépendant. Il accorde également une grande importance à la mixité au sein de son équipe, qui compte aujourd’hui trois peintres femmes.

Ancien footballeur, il attache une valeur essentielle à la force du collectif et veille à ce que tous les salariés soient traités de manière équitable. L’organisation du travail en est le reflet.

Les salariés travaillent du lundi au vendredi midi. « Cela leur permet de positionner tous leurs rendez-vous personnels le vendredi après-midi. Ils viennent tous les lundis dans l’entreprise et ensuite ils vont directement sur le chantier. »

Proximité, qualité et satisfaction client

Steven Kerdodé privilégie les relations de proximité avec ses partenaires et fournisseurs, en favorisant les acteurs locaux comme Accès Peintures ou Aupinel, ou à défaut des fabrications françaises.

Héritée de son parcours professionnel, la satisfaction client est une priorité absolue. « Je préfère perdre de l’argent sur un chantier et revenir refaire ce qui doit l’être. » Selon lui, c’est indispensable pour instaurer une relation de confiance durable, générer de la récurrence et bénéficier du bouche-à-oreille.

Un nouveau défi pour poursuivre le développement

Aujourd’hui, il aspire à trouver un nouveau local plus spacieux à Ouistreham. « C’est un frein à notre développement et notre productivité. »

Le bâtiment actuel, d’une superficie de 220 m², ne permet pas le stockage. La marchandise reste donc chez les fournisseurs, ce qui multiplie les déplacements des équipes. Par ailleurs, l’environnement s’est progressivement urbanisé : des maisons d’habitation entourent désormais l’entreprise et les livraisons en semi-remorque peuvent facilement bloquer le voisinage.

Lorsqu’il avait racheté l’entreprise, le cédant ne souhaitait initialement pas vendre le bâtiment. Steven Kerdodé avait alors cherché un local à vendre ou à louer mais rien n’était disponible sur la côte. Un véritable défi reste donc à relever.

Son conseil aux futurs entrepreneurs

À celles et ceux qui souhaitent se lancer, Steven Kerdodé recommande de ne pas sous-estimer les dépenses à intégrer dans le prévisionnel. « Il faut penser à tout ce dont on a besoin pour démarrer et l’intégrer dès la demande de prêt bancaire. »

Il en parle d’expérience : lors de sa première entreprise, il n’avait pas anticipé les dépenses liées à la communication. « Tout est passé sur la trésorerie et ça fait mal. La trésorerie, c’est ce qui permet de bien dormir. »

FRANÇOIS QUEDRU PEINTURE ET SOLS