Après plus de vingt ans dans le commerce, à des postes de manager puis de directrice de magasin, Mikaëla Mellerin a choisi de donner un nouveau sens à sa vie professionnelle. En 2023, elle ouvre une première micro-crèche à Caen, puis une seconde à Hérouville-Saint-Clair en 2025. À travers ces deux structures, elle place au cœur de son projet la sécurité affective, le bien-être et le développement des enfants accueillis.

Du commerce à la petite enfance : un virage mûrement réfléchi
Pendant 21 ans, Mikaëla Mellerin évolue dans le secteur du commerce. Elle y développe de solides compétences en gestion, relation client, ressources humaines et management. Ce parcours exigeant et formateur l’amène à accompagner des équipes et à piloter des structures.
Au cours de ces années, un constat s’impose à elle : trouver des places en crèche pour ses collaboratrices relève du parcours du combattant. Face au manque de solutions, elle va jusqu’à proposer à son enseigne la création d’une crèche d’entreprise dans une cellule vacante à côté du magasin. Le projet, probablement trop précurseur à l’époque, n’aboutit pas. Une crèche sera finalement intégrée au siège quelques années plus tard.
En parallèle, elle accompagne de jeunes adultes dans leur développement personnel et professionnel. Elle est frappée par leur manque de confiance en soi et d’estime d’eux-mêmes et s’interroge sur les causes.
Puis, elle devient maman. La petite enfance de son fils ne se déroule pas comme elle l’aurait espéré et certaines expériences avec des professionnels la marquent profondément.
Ces éléments, personnels et professionnels, font naître une conviction : il y a quelque chose à faire pour aider les enfants à grandir plus sereinement.
Plus jeune déjà, elle s’était intéressée au secteur de la petite enfance avant de choisir une autre voie. L’envie d’entreprendre, elle, ne l’a jamais quittée. « À 19 ans, lors de mon arrivée dans mon entreprise, j’avais annoncé : “Moi, à 30 ans, je me vois bien avoir mon entreprise.” » Le projet prendra simplement plus de temps que prévu.
Se lancer sans être seule : le choix de la franchise
Lorsqu’elle commence à se renseigner sur l’ouverture d’une micro-crèche, elle mesure rapidement l’ampleur des exigences réglementaires. Se lancer seule lui paraît risqué. Elle choisit donc de se faire accompagner par la franchise Ô P’tit Môme, basée à Lille.
Cette franchise offre une grande autonomie à ses franchisés. Elle leur laisse la liberté de choisir leur nom ou l’aménagement de l’espace intérieur. Mais elle offre notamment un accompagnement administratif à l’installation pour répondre aux exigences de la PMI et un cadre réglementaire au quotidien. Elle donne également accès à des formations et à un réseau d’échanges entre franchisés, précieux pour ne pas avancer isolée et pouvoir profiter de l’expérience de chacun.
Un démarrage retardé mais sécurisé
Elle fait appel à Initiative Calvados une première fois en 2022 pour la création de son entreprise et l’ouverture de la première crèche à Caen. Elle bénéficie d’un prêt d’honneur afin de constituer la trésorerie de départ que la banque ne finance pas. Malheureusement les autorisations nécessaires pour accueillir les premiers enfants sont difficiles à avoir. Alors qu’elle devrait ouvrir sa première structure en octobre 2022, elle accueille finalement les premiers enfants en mars 2023. Le prêt d’honneur sert donc à couvrir tous les coûts engagés pendant ces six mois.
En 2024, elle sollicite à nouveau Initiative Calvados pour l’accompagner dans le développement de l’entreprise. L’attente est moins longue pour l’ouverture de la deuxième micro-crèche puisque le décalage n’est que de deux mois. Mais le prêt d’honneur sert notamment à faire face à différentes dépenses qui n’étaient pas prévues.
Une vision : faire sa part, à son échelle
Aujourd’hui, O P’tits Colibris compte deux structures, chacune accueillant 12 enfants âgés de 10 semaines à 6 ans. Le nom fait référence à la légende amérindienne du colibri, qui transporte quelques gouttes d’eau pour tenter d’éteindre un immense incendie de forêt et « fait sa part ».
« Moi à mon échelle je fais ma part pour ces enfants. Je leur offre un socle bien construit pour les aider en tant qu’adulte. »
Dans chacune des micro-crèches, l’objectif est clair : offrir un environnement à la fois sécurisé et sécurisant, où chaque enfant peut se développer et grandir à son rythme, au sein du collectif. La sécurité affective est au cœur du projet. L’équipe veille à respecter le développement individuel de chaque enfant, dans un esprit familial.
Les parents sont également accompagnés dans leur rôle : interventions thématiques, temps conviviaux, ateliers parents-enfants… La structure se veut un véritable lieu de soutien à la parentalité.
L’attention portée au développement de l’enfant implique aussi une vigilance particulière. Lorsqu’un doute apparaît, l’équipe alerte les parents avec bienveillance et les oriente vers les professionnels adaptés. L’objectif est de ne pas laisser un éventuel handicap passer inaperçu.
« Nous avons déjà vécu cette situation. Cela a été une vraie gratification personnelle d’avoir accompagné l’enfant et sa famille. »
Détecter tôt peut changer profondément le parcours d’un enfant et soulager les familles.
Une équipe engagée et un management circulaire
Chaque micro-crèche s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire de cinq professionnels diplômés : infirmière, éducatrices de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, animatrices petite enfance. Soucieuse de garantir la disponibilité et la qualité d’accompagnement, Mikaëla Mellerin choisit d’embaucher au-delà des obligations réglementaires.
Trois journées pédagogiques sont organisées chaque année pour favoriser la formation continue et renforcer la cohésion d’équipe.
Son management se veut circulaire : chacun dispose d’autonomie, de responsabilités et peut se développer. Cela contribue au bien-être de l’équipe et donc des enfants. Ce modèle diffère de celui que l’on rencontre habituellement dans le secteur. Et il ne convient pas à tous.
« Si on m’avait dit que je recruterais autant de personnes, je ne l’aurais pas cru. Je suis assez exigeante dans les profils recherchés. »
Elle recherche des professionnels alignés avec ses valeurs, tant sur le plan éducatif qu’humain. La qualité d’accueil en dépend. Cela suppose parfois de recommencer un recrutement si la personne ne convient pas, malgré la lourdeur administrative que cela implique. Mais pour elle, le bien-être des enfants et l’équilibre de l’équipe priment.
Le recrutement reste complexe. Beaucoup de candidats postulent sans posséder les diplômes requis. « Ils ne se rendent pas compte de ce que signifie s’occuper de 10 à 12 enfants par jour. » Ô P’tits Colibris n’est pas un simple lieu de garde, mais un lieu d’accueil et de développement : il faut savoir jouer, observer, comprendre un enfant qui pleure, repérer ses besoins.
Un regard attentif sur l’évolution du secteur
Mikaëla Mellerin s’inquiète d’un phénomène grandissant : le départ de certains enfants à l’école à l’âge de 2 ans.
« Ces enfants ont encore des besoins de développement personnalisés que le cadre scolaire ne permet pas toujours d’offrir. »
Si l’école est gratuite, contrairement à la crèche, elle estime que ce choix peut parfois fragiliser le développement de certains enfants.
Consolider plutôt que grandir à tout prix
Aujourd’hui, son objectif est clair : pérenniser le fonctionnement de ses deux structures et mieux communiquer sur son approche, qui se distingue de nombreux autres lieux d’accueil.
Elle ne souhaite pas, pour le moment, ouvrir une troisième structure. Elle tient à préserver l’esprit familial, rester proche de ses équipes, des enfants et des familles.
« La beauté de notre métier, c’est de voir les enfants grandir et évoluer. Quand j’arrive, j’ouvre le portillon et ils me sautent dessus en criant mon prénom. »
Son conseil aux entrepreneurs
Mikaëla Mellerin invite les entrepreneurs à bien mesurer l’ensemble des charges liées à une entreprise.
« On ne s’en rend pas compte avant de le vivre. »
Même si le prévisionnel est indispensable, il ne reflète jamais totalement la réalité. Impôts, taxes, charges spécifiques au secteur… Les surprises peuvent être nombreuses. « Par exemple, je ne savais pas que je devrais payer une taxe annuelle sur les salaires liée à notre domaine d’activité. » À cela s’ajoutent les coûts nécessaires pour rester en conformité avec une réglementation exigeante.
Elle conclut : « Je gagnais bien ma vie et j’étais épanouie dans mon emploi. Aujourd’hui, je gagne moins mais je ne regrette pas de m’être lancée tant pour le challenge entrepreneurial que pour l’aventure humaine. »
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Ô P'TITS COLIBRIS |
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