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Portrait | Témoignage

À seulement 21 et 25 ans, Eva et Romane Leroy ont relevé un beau défi : ouvrir à Caen un concept store entièrement éthique et éco-responsable, d’abord situé au 26 rue Arcisse de Caumont, puis récemment transféré au 116 rue Saint-Pierre. Leur boutique, Deux Heures Seize, est un lieu où l’humain, clients comme créateurs, est placé au cœur de chaque décision.

Eva et Romane Leroy | Deux Heures Seize

Des parcours créatifs qui se complètent naturellement

Les trajectoires des deux sœurs se répondent parfaitement.

Romane Leroy est diplômée d’un BTS design graphique complété par un diplôme supérieur d’arts appliqués design graphique option écoresponsable et social design. C’est elle qui insuffle la dimension éthique au projet.

Eva Leroy, quant à elle, a un parcours complémentaire. Titulaire d’un BTS Design Communication Espace et Volume puis d’une licence packaging, elle a appris l’art subtil d’aménager des espaces, de raconter une histoire à travers une boutique et de mettre des produits en valeur.

Une démarche personnelle avant d’être entrepreneuriale

Avant même d’imaginer ouvrir une boutique, les deux sœurs sont habitées par l’envie de consommer mieux, de fuir la fast fashion et d’opter pour des marques locales et responsables. Mais elles constatent vite que cette démarche exige du temps, de l’énergie, et surtout qu’aucune boutique caennaise ne réunit ce type de produits. L’idée d’un concept store s’impose doucement.

Puis survient le Covid. Eva Leroy perd son emploi. Cette étape difficile est une invitation à réfléchir sérieusement à ce qui n’était qu’un projet imaginé jusqu’ici. Elle fait un stage avec Pôle Emploi qui confirme son attrait pour le commerce. Romane Leroy prend part au projet tout en conservant son emploi de graphiste à Paris, dans lequel elle s’épanouit. Les étapes s’enchaînent naturellement. Elles consultent des créatrices et des créateurs pour vérifier que leurs attentes correspondent à ce qu’elles imaginent faire dans leur boutique, construisent un business plan, contactent des agences immobilières, sans jamais vraiment réaliser qu’elles sont déjà en train de lancer leur entreprise.

Et puis arrive le coup de cœur : un local au 26 rue Arcisse de Caumont, une rue vivante réunissant des commerces indépendants. À cet instant, elles savent que l’aventure doit commencer.

S’affirmer comme jeunes femmes entrepreneures

Se lancer est une chose. Mais être prise au sérieux, ce n’est pas toujours évident lorsqu’on est jeune et femme. Eva Leroy se souvient : « J’allais à certains rendez-vous avec mon père pour me faire épauler. Romane travaillait toujours à Paris. Les professionnels s’adressaient à lui alors que c’était mon projet. »

Elles sollicitent Initiative Calvados pour bénéficier d’un prêt d’honneur afin d’augmenter leur apport personnel et de démarrer cette nouvelle aventure plus sereinement. « Cela permet également d’avoir des points de vue de personnes neutres complètement extérieures au projet. Nous avons réfléchi à chaque élément du projet pour préparer la présentation en comité. Cela nous a forcées à être plus carrées. » explique Romane Leroy.

L’ouverture de Deux Heures Seize

Elles se lancent dans deux mois de travaux intensifs. Le local a encore tout d’un appartement : une cuisine à démonter, une baignoire dans la réserve, des toilettes en plein milieu… Tout doit être transformé.

En septembre 2021, Deux Heures Seize ouvre ses portes : un concept store d’idées cadeaux éthiques et responsables, où chaque produit est choisi avec attention. Elles contrôlent les matières premières, les modes de fabrication, l’origine géographique et s’assurent que ces articles ne sont pas déjà présents dans d’autres commerces caennais. Leur sélection couvre la papeterie, la cosmétique, les bijoux, la décoration, les bougies, les loisirs créatifs, les accessoires, les vêtements à condition que tout soit cohérent avec leurs valeurs.

Un réseau de créateurs choisi avec soin

Elles travaillent avec de nombreux créateurs caennais, normands, français et même européens. Dans la boutique et sur le site internet, des fiches présentent chaque créateur en toute transparence.

Elles attachent également de l’importance à respecter les besoins des créateurs. « Par exemple, nous vérifions que passer une grosse commande n’est pas un problème pour eux. Cela peut faire trop car beaucoup produisent tout à la main. » commente Romane Leroy.

Cet état d’esprit se reflète jusque dans leur politique de marge volontairement faible. Pour compenser et ne pas avoir deux salaires à dégager, Romane Leroy garde son emploi de graphiste à Paris dans un premier temps, tout en assurant les missions liées à la boutique en parallèle. Mais un changement de management et le développement du site internet assez chronophage la poussent finalement à rejoindre l’aventure à temps plein il y a deux ans, un peu plus tôt que prévu.

La complémentarité des deux associées

Les deux sœurs sont associées à parts égales dans le projet et leurs rôles se complètent parfaitement. Eva Leroy est présente en boutique et s’occupe de la vente, l’aménagement de la boutique et des réseaux sociaux. Romane Leroy est en charge de la comptabilité, l’administratif et la relation avec la centaine de créateurs avec lesquels elles travaillent. « Je ne sais pas faire ce que fait Romane. Nous nous faisons confiance dans les missions de l’autre. » raconte Eva Leroy.

Eva Leroy souffre de dyslexie et se posait beaucoup de questions par rapport à ce handicap. Il a fallu trouver des outils adaptés : un logiciel de caisse référençant les produits sur photo ou une conversation par message lui permettant de faire corriger ses fautes avant de publier sur les réseaux sociaux. Romane Leroy est un vrai soutien sur le plan administratif d’autant qu’au fil du temps, elles se rendent compte que l’administratif occupe une place immense dans leur activité. « Se lancer seule sans Romane, cela aurait compliqué. » confie Eva Leroy.

Un nouveau chapitre au 116 rue Saint-Pierre

En 2025, elles élaborent un nouveau business plan avec une idée ambitieuse : déménager vers un local plus vaste. La décision n’est pas simple. Elles sont très attachées à la rue Arcisse de Caumont et à ses commerçants. Mais elles connaissent désormais leurs produits, savent comment les mettre en scène et souhaitent plus d’espace, tant pour les clients que pour le stockage.

Le 8 octobre 2025, Deux Heures Seize s’installe au 116 rue Saint-Pierre, ouvrant un nouveau chapitre.

Aujourd’hui, elles souhaitent consacrer davantage de temps à des projets laissés en suspens, comme leur gamme de bijoux. Une alternante les a rejointes cette année, après deux stages très réussis, et leur apporte un soutien précieux.

Leur conseil aux futurs entrepreneurs

Eva et Romane Leroy conseillent à toute personne qui aimerait se lancer de bien s’entourer. « On ne sait pas faire tous les métiers. On ne peut pas tout faire tout seul. » explique Eva Leroy.

L’entourage familial est également très important selon elles. « Il faut des gens qui croient en nous quand nous on n’y croit plus. »

 

DEUX HEURES SEIZE