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Portrait | Témoignage

Marc André | Oh My Chef !

En 2016, Laura et Marc André lancent Oh My Chef ! avec une idée encore peu répandue à Caen : proposer aux entreprises des repas gourmands servis en bocaux, pensés comme une véritable alternative aux traditionnels plateaux-repas. Dix ans plus tard, leur projet a bien grandi. L’entreprise emploie neuf salariés, livre des plateaux-repas sur le territoire de Caen la Mer, installe des frigos connectés dans de grandes entreprises de la région et commercialise ses bocaux auprès de revendeurs partout en France.

Aujourd’hui, leur ambition dépasse largement le contenu de l’assiette. Bio, produits locaux, réemploi des contenants, inclusion de personnes en situation de handicap… Laura et Marc continuent de faire évoluer Oh My Chef ! avec une ligne directrice qui les accompagne depuis le départ : développer une entreprise en accord avec leurs valeurs.

De l’électrotechnique aux cuisines étoilées

Rien ne prédestinait véritablement Marc à faire carrière dans la restauration. Après le lycée, il s’oriente vers un DUT Génie Électrique et Informatique Industrielle. Mais très vite, il comprend que cette voie ne lui correspond pas totalement. Il ressent le besoin de créer de ses mains, de produire quelque chose de concret et de voir directement le résultat de son travail.

C’est également à cette période, à la sortie du baccalauréat, qu’il rencontre Laura. Ils ont alors 17 et 18 ans. L’histoire commence donc bien avant leur aventure entrepreneuriale et même avant que Marc ne décide de faire de la cuisine son métier.

La cuisine n’est jamais très loin. Dans sa famille paternelle, originaire du Sud-Ouest, la table occupe une place importante. Et le père de son parrain, restaurateur-traiteur, aime lui répéter : « Tu finiras dans la bouffe, tu es trop gourmand. »

À 20 ans, Marc décide finalement de changer complètement de voie. Il prépare un BEP puis un Brevet Professionnel Cuisine en alternance avec une ambition déjà bien affirmée : cuisiner à haut niveau.

Il tente alors sa chance auprès d’Ivan Vautier, à la tête du seul restaurant étoilé de Caen à cette époque. En juillet, il parvient à intégrer l’établissement comme extra. L’expérience se passe bien et le chef accepte finalement de l’accueillir en apprentissage. Marc y restera quatre ans.

Le SaQuaNa, une expérience marquante

À la fin de son apprentissage, Marc rejoint le SaQuaNa, le restaurant d’Alexandre Bourdas à Honfleur.

Originaire de l’Aveyron et ayant eu un parcours au Japon, le chef développe une cuisine à la croisée de plusieurs influences. Marc apprécie autant sa cuisine, mêlant l’Aveyron, la Normandie et le Japon, que sa personnalité et sa vision du métier.

Alexandre Bourdas fait notamment partie des premiers chefs à proposer un menu de dégustation unique, un fonctionnement aujourd’hui beaucoup plus répandu dans la restauration gastronomique.

Marc vit au SaQuaNa une expérience particulièrement intense. Le restaurant est très sollicité, affiche complet et obtient une deuxième étoile.

À la fin de ses études, Laura rejoint à son tour le SaQuaNa après avoir obtenu un Master de Management à l’IAE de Caen. Elle intègre l’établissement comme assistante de direction et seconde Alexandre Bourdas, qui développe alors un nouveau projet à Paris.

À Paris, créer un restaurant de A à Z

En 2012, Alexandre Bourdas développe un concept de crêperie haut de gamme à Paris et confie à Laura et Marc une grande partie de sa mise en œuvre.

Tous les deux participent à la construction du projet dans son ensemble : prévisionnel, recrutement des équipes, suivi des travaux, organisation et lancement de l’établissement. Le succès est immédiat puisque le restaurant affiche complet dès le premier service. Sur place, ils rencontrent également de nombreux chefs qui viennent dîner après leur propre service.

Mais Marc garde encore un objectif professionnel en tête : intégrer un restaurant trois étoiles et, si possible, vivre une expérience à l’étranger.

Lorsqu’Anne-Sophie Pic prépare un projet à New York, l’opportunité semble idéale. Marc rejoint alors la Maison Pic à Valence tandis que Laura est embauchée comme responsable de L’Épicerie. Finalement, le projet new-yorkais ne verra pas le jour. Cette décision extérieure vient bouleverser les plans du couple et les oblige à réfléchir à la suite de leur parcours.

Le choix de l’entrepreneuriat

Laura et Marc prennent alors une décision importante : ils veulent devenir entrepreneurs. À ce stade, ils ne savent pourtant pas encore précisément sous quelle forme.

Leur première idée est assez naturelle au regard de leurs parcours : reprendre un restaurant. Ils commencent donc à chercher un établissement mais, au fil des recherches, aucun projet ne correspond réellement à leurs ambitions. Le projet n’avance pas.

Puis, un soir, au détour d’une conversation, la mère de Laura rappelle à Marc que la restauration ne se limite pas au gastronomique : il existe aussi le bistrot, le traiteur et bien d’autres façons d’exercer ce métier. Un mot résonne immédiatement dans la tête de Marc : « traiteur ».

L’idée de ce qui deviendra Oh My Chef ! prend forme.

Réinventer le plateau-repas en entreprise

Marc part d’un constat simple. À cette période, l’offre disponible à Caen est encore assez traditionnelle : les plateaux-repas sont principalement conditionnés dans du carton, les plats sont servis froids et la provenance des matières premières est peu mise en avant.

Grâce à ses expériences précédentes, il a observé d’autres modèles, notamment Daily Pic développé autour de la cuisine d’Anne-Sophie Pic ou encore Boco à Paris.

Laura et Marc imaginent alors leur propre proposition avec l’envie de remettre la cuisine et la qualité des produits au centre du repas livré en entreprise.

Oh My Chef ! ouvre en octobre 2016.

Les entrepreneurs aménagent leur premier laboratoire de production dans le garage de la tante de Marc. Ils peuvent désormais confronter leur concept à leurs futurs clients.

Initiative Calvados pour confronter le projet à un regard extérieur

Pour concrétiser leur création d’entreprise, Laura et Marc font appel à Initiative Calvados et bénéficient d’un prêt d’honneur.

Pour Marc, cette étape présente un intérêt qui va bien au-delà du financement. « Au-delà du besoin de financement, cela permet d’échanger sur le projet avec des personnes qui ne le connaissent pas et d’avoir un regard extérieur. »

Le passage devant le comité d’agrément est également l’occasion de prendre du recul et de travailler leur manière de présenter Oh My Chef ! Selon lui, cet exercice oblige à structurer sa réflexion pour être capable d’expliquer clairement son projet, son offre et ses ambitions. C’est aussi une première manière de commencer à faire connaître l’entreprise auprès d’acteurs du territoire.

Les premiers retours clients

Pour lancer officiellement leur entreprise, Laura et Marc organisent une soirée au Café Mancel à Caen. C’est à cette occasion qu’ils rencontrent Philippe Nantermoz, président de Legallais. Quinze jours plus tard, une première commande arrive : douze plateaux-repas destinés à un comité de direction.

Pour les deux entrepreneurs, cette première livraison est forcément particulière. Ils attendent avec impatience les retours. Le contenu plaît. Les plats servis dans les bocaux séduisent. Mais l’assistante chargée du repas fait remonter une difficulté très concrète : réchauffer tous les bocaux avant de pouvoir servir les participants n’est pas pratique. Une deuxième commande est pourtant passée pour le lendemain. Laura et Marc s’adaptent immédiatement et trouvent une solution : désormais, les bocaux peuvent être livrés chauds et prêts à être servis.

Le réseau pour faire grandir l’activité

Pendant les deux premières années, l’entreprise développe principalement son activité de plateaux-repas traiteur. Le bouche-à-oreille et les recommandations jouent un rôle important. Laura et Marc s’appuient également sur leur réseau professionnel, notamment à travers leur adhésion à un BNI.

Parallèlement, Oh My Chef ! développe une activité événementielle avec la réalisation de pièces cocktail pour des événements professionnels mais aussi privés, notamment des mariages.

Progressivement, l’entreprise se structure et le volume d’activité augmente.

En 2018, les deux entrepreneurs achètent un local place Gardin à Caen. La boutique ouvre en 2019.

Cette installation marque une nouvelle étape. Avec une cuisine plus grande, Oh My Chef ! augmente ses capacités de production et peut désormais s’adresser davantage au grand public. Laura et Marc recrutent alors leur premier salarié pour renforcer l’équipe et s’appuient sur Supply Shop pour assurer une partie des livraisons.

Changer d’échelle sans perdre l’objectif de départ

En 2021, une nouvelle étape importante est franchie. Laura et Marc s’associent avec Philippe Nantermoz ainsi que Mathias Sanfaute et Nicolas Bassière, fondateurs des crèches Pim Pam Pomme, pour créer une nouvelle cuisine à Bretteville-sur-Odon. Le changement d’échelle est important, mais les fondateurs gardent leur ambition initiale en tête : faire d’Oh My Chef ! un traiteur zéro déchet et le plus écoresponsable possible. Grâce à des capacités de production plus importantes et à l’obtention d’un agrément sanitaire, l’entreprise peut également développer de nouveaux marchés.

Oh My Chef ! commence notamment à travailler avec des revendeurs comme des épiceries, mais aussi avec des professionnels du tourisme souhaitant proposer une offre de restauration sans nécessairement disposer d’une cuisine ou des équipes permettant de produire sur place. Cette solution trouve particulièrement son intérêt dans un contexte où les recrutements dans les métiers de la restauration sont difficiles.

L’entreprise développe aussi une activité à destination de la petite enfance et fournit pendant trois ans des repas en bocaux aux crèches Pim Pam Pomme. Cette activité génère cependant une grande diversité dans la production. Fin 2021, Laura et Marc décident finalement d’arrêter cette partie petite enfance afin de recentrer l’entreprise.

Des plateaux-repas à Caen aux bocaux vendus partout en France

Au fil des années, Oh My Chef ! continue de diversifier ses canaux de distribution.

Aujourd’hui, l’entreprise propose toujours ses plateaux-repas sur le territoire de Caen la Mer.

Elle a également installé des frigos connectés dans de grandes entreprises de la région, permettant aux salariés de disposer directement sur leur lieu de travail d’une offre de restauration.

Enfin, ses bocaux sont commercialisés auprès de revendeurs partout en France.

Le bio comme nouvelle étape d’un engagement de longue date

En juillet 2026, Oh My Chef ! obtient la certification bio.

Pour Laura et Marc, cette certification ne constitue pas un changement radical de cap. Elle vient plutôt formaliser et prolonger une ambition présente depuis les débuts de l’entreprise : limiter les déchets, favoriser la réutilisation des contenants et travailler des matières premières de qualité.

Elle ouvre également de nouvelles perspectives commerciales et marque le début d’une nouvelle étape dans le développement d’Oh My Chef !

Mais le passage au bio oblige aussi l’entreprise à revoir certaines habitudes.

Oh My Chef ! travaille davantage avec de petits producteurs locaux, ce qui modifie une partie de l’organisation logistique. En cuisine également, l’impact est réel : les caractéristiques des ingrédients, leur goût ou encore les épices utilisées peuvent évoluer. Les équipes doivent donc adapter certaines recettes et revoir les grammages.

Faire du zéro déchet une réalité quotidienne

L’engagement environnemental d’Oh My Chef ! se traduit notamment par le choix du bocal réutilisable dès le début.

Mais vouloir réduire les déchets implique aussi de résoudre une problématique très concrète : il faut récupérer, laver puis remettre en circulation les contenants. Au départ, tous les bocaux sont lavés directement en interne. Le coût de ce choix s’avère supérieur à celui qu’aurait représenté l’achat systématique de nouveaux bocaux. Pour rester fidèle à son choix sans renoncer au réemploi, Oh My Chef ! cherche une autre solution. L’entreprise fait aujourd’hui appel à ID Verre, un atelier chantier d’insertion spécialisé dans le réemploi du verre.

Cette collaboration permet à Oh My Chef ! de poursuivre sa démarche de réutilisation tout en lui donnant également une dimension sociale.

Adapter l’entreprise pour favoriser l’inclusion

Cette dimension sociale occupe également une place importante dans les choix de Laura et Marc.

Les entrepreneurs souhaitent que leur entreprise puisse accueillir et accompagner des personnes en situation de handicap. Un partenariat est ainsi mis en place avec l’ESAT de Giberville. Trois personnes interviennent aujourd’hui à mi-temps au sein d’Oh My Chef ! Marc en parle avec beaucoup d’enthousiasme : « Ils ont toujours la banane. Ils font bien leur travail et sont contents de le faire. »

La mise en place du partenariat n’a pourtant pas été évidente dès les premiers jours. Accueillir ces nouveaux collaborateurs nécessite d’adapter les postes de travail aux problématiques de chacun, mais aussi de faire évoluer l’organisation du reste de l’équipe.

Avec le recul, Marc y voit une véritable richesse collective. « Au niveau des équipes, on apprend les uns des autres et c’est plutôt bénéfique. »

Grandir sans renoncer à ses convictions

En dix ans, Oh My Chef ! n’a cessé de se développer.

Cette croissance ne s’est pourtant pas faite sans difficultés. Laura et Marc ont régulièrement choisi d’investir, de faire évoluer leur outil de production et de se fixer de nouveaux objectifs. Les deux entrepreneurs ne se sont pas ménagés et ont constamment cherché à faire progresser leur entreprise, quitte à traverser parfois des périodes où la trésorerie était plus serrée.

Marc compare d’ailleurs volontiers la vie d’un entrepreneur à un électrocardiogramme : une succession de hauts et de bas qu’il faut apprendre à traverser.

Avec le recul, l’une de ses principales satisfactions reste néanmoins d’avoir construit une entreprise dont les choix sont alignés avec leurs convictions. « Nous avons fait le choix du bio, du local, de proposer un produit dont nous pouvons être fiers parce que nos enfants le mangent tous les jours. »

Son conseil aux entrepreneurs

Après dix années d’entrepreneuriat, Marc insiste d’abord sur la nécessité d’avoir une vision claire de son projet. Pour lui, un entrepreneur doit être capable d’expliquer simplement ce qu’il souhaite proposer. S’il n’y parvient pas, c’est probablement que le projet doit encore être travaillé.

Il conseille également de commencer simplement. La différence ne se fait pas forcément dans la complexité du concept mais dans la qualité de son exécution au quotidien. Il aime faire le parallèle avec le sport : ce qui distingue un sportif professionnel d’un amateur, c’est notamment la rigueur, la répétition des gestes et la capacité à travailler continuellement pour progresser.

Il faut également accepter de déléguer. Un entrepreneur ne peut pas tout maîtriser. Pour Marc, il ne faut donc pas hésiter à confier à d’autres ce que l’on ne sait pas faire afin de consacrer son énergie aux domaines dans lesquels on apporte réellement de la valeur.

Enfin, son dernier conseil concerne un sujet parfois relégué au second plan dans la vie d’un dirigeant : prendre soin de soi. « C’est probablement le plus difficile. » Il considère aujourd’hui essentiel de réussir à s’imposer des temps de pause parce qu’il est impossible d’être à 200 % en permanence.

OH MY CHEF